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Le Rouge et Or : L'ennui de vaincre sans défi

5/11/07

Par Paul Saccà, CIMI Sports

Chez certaines races de cervidés, le mâle dominant émet un cri d’avertissement au rival éventuel pour l’informer qu’il représente une adversité trop faible et que la meilleure option, pour lui, est de battre en retraite s’il tient à rester en vie.

On devrait faire jouer ce cri dans les haut-parleurs du PEPS, avant les matches du Rouge et Or, pour permettre au club ennemi de retourner chez lui et d’être gracié de l’inévitable décapitation à laquelle on assiste à chaque semaine.

Je suis un passionné de football. Pas seulement de la NFL mais aussi de la NCAA.
Il y a longtemps que j’essaie de m’intéresser au football universitaire québécois et particulièrement pour le Rouge et Or de l’Université Laval que j’ai eu l’honneur de fréquenter.

Sauf que je n’y arrive pas. Même dans les meilleures dispositions, il m’est difficile de m’intéresser à une ligue dominée effrontément par un club dont la puissance est telle, qu’en mettant son équipe « C » sur la terrain, il pourrait encore enlever les grands honneurs.

Certes, comme tout le monde, j’applaudis l’organisation Tanguay d’avoir monté un exceptionnel programme de football. Je me réjouis de la tradition qu’on a créée et de la passion de football nourrie par le Rouge et Or dont on voit les répercussions majeures, entre autres sur le football scolaire, aux niveaux secondaire et collégial.

Je suis toutefois incapable de garder mes pulsations élevées quand U.L. mène par quatre touchés à la demie, quand semaine après semaine, l’ennemi est déchiqueté comme une jeune biche sous les dents saignantes d’une troupe de fauves gloutons.

Le plaisir, pour un véritable amateur de sport, est de voir son favori gagner dans l’adversité et même de le voir triompher d’une opposition encore plus forte. Pour les partisans du Rouge et Or et ceux de l’adversaire, l’exercice ne consiste, à toutes fins pratiques, qu’à essayer de deviner la marge par laquelle Laval l’emportera à chacun des matches. On ne se questionne même plus sur la victoire.

On ne devrait jamais demander aux membres de l’organisation de commenter les massacres car l'analyse de telles rinces ne peut donner que des énormités. En 2005, après une victoire de 57-7 contre les Redmen de McGill, Justin Éthier témoigne de son inquiétude face au rendement de son club en deuxième demie. En 2007, après une volée de 41-7 donnée encore à McGill, dans une entrevue au Soleil, Éthier insiste sur l’interception dont son quart a été victime en fin de match! Entre ça et rire du monde…

Dans les médias, les titres sont évocateurs : Il suffit de faire une recherche sur internet par les mots clés « Le Rouge et Or écrase » pour s’en convaincre. Le Rouge et Or écrase les Gaitors (37-0, Radio-Canada 2001); Le Rouge et Or écrase les Stingers (52-7, Radio-Canada 2001); Le Rouge et Or écrase les Carabins (63-0, LCN 2004); Le Rouge et Or football écrase les Huskies (37-2, Au fil des événements 2004);Le Rouge et Or écrase McGill (52-0, RDS 2006); Le Rouge et Or écrase McGill (57-10 Le Soleil 2006), titre repris par le Soleil et Canoë dans un autre match contre le même club (41-7, 2007); Le Rouge et Or écrase Acadia (57-10, Versus Québec 2006); Le Rouge et Or écrase le Vert et Or (56-16, Canoë 2007), etc.

Dans de telles conditions, l’équipe de promotion en est rendue à tenter l’impossible pour faire croire aux amateurs que le Rouge et Or ne massacrera pas nécessairement son adversaire au prochain match. Cette année, on a promis le match de l’année lors de la visite de Bishop’s, dans une rencontre qui s’est soldée par une victoire de Laval par…50 à 15. L’article de la Tribune a, d’ailleurs, mentionné la déception des amateurs de Québec devant le manque d’opposition.

On comprend facilement le côté happening de l’événement, l’attrait social de se rendre au PEPS pour voir un match sportif, le trip du tailgate et la parade des filles qui déambulent en camisole sexy sur le côté en ayant aucune idée du pointage ni même du nom de l’équipe adverse mais tout de même…

Ne vient-on jamais blasé de victoires remportées trop facilement, sans le moindre défi, avec pour seul obstacle une résistance famélique livrée hebdomadairement en pâture à un alignement dont le talent et le niveau de performance supérieur ne laisse jamais de doute quant au résultat?

En vérité, la seule façon de battre le Rouge et Or, c’est d’espérer qu’il tombe sur le pire jour de son existence. Et même là, il aura encore une chance de gagner.

Dans ses deux derniers matches, le Rouge et Or est tombé dans l’ennui après une première demie abusivement facile, ce qui a permis à l’adversaire de se replacer raisonnablement dans le match. Il est facile d’imaginer l’état d’esprit du groupe d’instructeurs. Quel message peut-on passer à une troupe qui taille déjà l’opposant en pièces alors qu'on en est qu'à la mi-temps? De couper les morceau moins gros? D’en laisser pour la prochaine fois?

À ce stade-ci de la saison, le seul véritable défi des stratèges n’est plus de remporter des victoires mais de préserver la motivation et la concentration d’un club qui en est rendu à s’inventer de défis loufoques pour trouver un élan de stimulation.

Malheureusement, on doit se taper une saison et des séries sans surprise avant de passer aux choses sérieuses qui arrivent bien tard pour les amateurs de football universitaire.

À –28 degrés, dans une Coupe Vanier, les filles sont habillées jusqu’au cou mais ça n’a plus vraiment d’importance puisque là, et seulement là, seul le football compte.

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Écrit par : Paul Sacca
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