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La nouvelle LNAH : un pari audacieux

28/10/07

Par Paul Saccà, CIMI sports

La saison 2007-08 de la LNAH s’est amorcée sous de nouveaux principes et les réactions fusent déjà après quelques matches seulement.

Les autorités du circuit ont convenu de donner une direction nouvelle à la ligue en apportant d’importantes modifications à son produit. Le risque est énorme car il propose de changer le contenu d’un spectacle qui lui avait assuré la faveur d’un certain public.

Voilà le pari qu’a pris le Michel Gaudette qui rêve toujours de voir son circuit accrédité comme une relève sérieuse pour les joueurs qui n’ont pas la chance d’évoluer à de hauts niveaux chez les professionnels, ce qui inclut un fort pourcentage du bassin de joueurs de la LHJMQ.

Il ne suffisait pas de créer une réglementation obligeant la présence d’un nombre spécifique de joueurs de moins de 25 ans pour séduire les joueurs du circuit Courteau. Il fallait également leur offrir un calibre et un contexte qui saurait leur plaire et dans lequel ils auraient envie de poursuivre leur carrière.

Quand on traîne la réputation d’être la ligue la plus rude de l’histoire du hockey, il faut redoubler d’imagination pour trouver les arguments pour convaincre la nouvelle clientèle cible. Au fil des années, le nombre incroyable et la violence des bagarres de la LNAH n’a pas seulement fait fuir les joueurs mais également d’importants commanditaires ce qui a fait un tort considérable au circuit. Pour empirer la chose, plusieurs médias majeurs ont manifesté une tiède indifférence envers les activités d’une ligue que l’on aimait comparer au roller-derby où la WWE. On n’en parlait que pour s’en moquer ou pour la dénoncer.

Se remettre d’autant de cuites allait demander rien de moins que du génie.

La solution envisagée a déjà des répercussions majeures. Il était évident que la mise en place d’un système à deux arbitres allait sensiblement augmenter le nombre d’avantages numériques, situation où l’on emploie rarement les redresseurs de torts. Le nombre de combats a nettement diminué et bientôt, les matches sans punitions majeures ne seront plus une rareté.

Les commanditaires ont applaudi l'initiative mais il n’en fallait pas moins pour que la vieille garde des amateurs réagissent fortement. Elle qui, par son indéfectible fidélité, a assuré la survie du circuit, même dans ses années les plus difficiles, se voit aujourd’hui dramatiquement rationnée alors que, côté bagarres, c'était "bar ouvert" dans un passé encore récent. Que cela plaise ou non, il est parfaitement vrai d’affirmer que près de 80% des amateurs vont au hockey sénior pour les bagarres. Le confrère Simon Cliche (Journal de Québec) a déjà fait un petit sondage improvisé au Colisée de Québec et n’avait trouvé personne, pas une seule âme, qui était venue pour voir du hockey scientifique.

Vendredi soir, à Québec, avec un pointage de 4-2, l’entraîneur Pierre Rioux a laissé Jacques Dubé sur le banc alors que la foule hurlait pour sa présence. Rioux, déteste cet aspect du jeu; quand il n’a pas le choix, il envoie tous ses bagarreurs d’affilée pour se débarrasser de cette obligation qu’il trouve stupide et qui l’agace au plus haut point. Et puis, il revient à ce qui l’intéresse.

La LNAH a réussi son opération séduction auprès de certains entraîneurs de la LHJMQ qui n’ont jamais hésité à joindre ses cadres. Ils sont rapidement devenus les meilleurs entraîneurs du circuit et, sans surprise, ont été les premiers à dénoncer les excès du passé, avec raison dans plusieurs cas, avouons-le. Peut-on se surprendre, aujourd’hui, de voir leur philosophie s’imposer d’une façon aussi déterminante sur le style de jeu, surtout quand elle rencontre en tous points les orientations du commissaire et des proprios?

La seule inconnue de l’équation demeure la réaction des habitués de la LNAH face à ce hockey purifié laissant davantage de marge de manœuvre aux patineurs et à la stratégie. En ce sens, il est même décent de se demander si la LNAH est prête à s’offrir une nouvelle souffrance, celle de faire la transition entre un public qu’elle ne veut peut-être plus et une nouvelle clientèle qui est celle que l’on semble viser directement par la mise en marché actuelle.

Lors de la visite de Sherbrooke au Pavillon de la Jeunesse, vendredi dernier, on notait la présence de plusieurs ados et même des enfants, ce que l’on ne voyait pas dans le passé. Même les forums internet, où se sont déroulées de véritables batailles rangées entre partisans, semblent avoir changé. Est-ce là un effet temporaire ou les premiers symptômes d’une nouvelle tendance?

La LNAH propose son nouveau menu. Aux amateurs de choisir s'il restent à table ou s’ils passent en-dessous.

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Écrit par : Paul Sacca
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