7/04/07
Printemps hâtif
Par Paul Saccà, CIMI Sports
La fin abrupte de la saison du Radio X était prévisible. Bien peu d’observateurs ou d’amateurs auront été surpris par un dénouement préparé par un rendement de saison fort moyen qui ne laissait présager rien de bien valable quand viendrait le temps de passer aux choses sérieuses.
Certes, contre un CRS mieux constitué et mieux aguerri, le Radio X aura donné un soubresaut de volonté et d’énergie mais le rendement chaotique de la saison ne pouvait mener à un autre résultat. Il était trop tard pour semer, surtout pas au moment où les autres sont à l’étape de la récolte. Les séries ne seront jamais le meilleur moment pour commencer à structurer les bases de bonnes habitudes de travail.
Pierre Sévigny est un jeune entraîneur qui débute dans le métier. Heureusement pour lui, d’ailleurs, car il serait fort difficile de justifier les nombreuses lacunes qui ont marqué son passage à la barre du Radio X. Il a démontré une faiblesse marquée à gérer un match dans plusieurs de ses aspects. De plus, il n’a jamais réussi à pointer ses leaders pour insuffler à sa troupe une émotion suffisante pour assurer un rendement régulier, ne devant les bonnes performance de son club qu’au simple hasard où tous ses joueurs se trouvaient en même temps dans une bonne soirée.
Aucune de ses décisions n’aura réussi à faire tourner le vent, particulièrement dans cette dramatique série de défaites consécutives de fin d’année. En outre, il a démontré une totale incapacité à utiliser intelligemment ses hommes forts, se contentant plus souvent qu’autrement d’enfiler les bagarres arrangées sans aucune logique et sans tenir compte du contexte ou de l’effet qu’elles peuvent générer ou… tout simplement éteindre. Sévigny ne reviendra pas comme pilote du Radio X, prenez-le pour acquis.
Patrick Bragoli a encore eu la vie difficile mais pour des raisons qui ne lui appartiennent pas vraiment. Devant travailler avec un budget étranglé, il paye manifestement le prix des succès du passé qui ont fait du Radio X l’organisation la plus détestée de la ligue. Personne ne veut aider le Québec au moment des transactions (comme les Remparts, d’ailleurs…), ce qui oblige l’organisation à se tourner vers des joueurs de d’autres circuits qui s’amènent avec beaucoup plus de promesses que de résultats.
Bragoli s’est investi dans la mesure maximale de ses capacités. Si tous les joueurs du Radio X avaient la passion et la hargne de leur d-g, Québec aurait une fiche parfaite à chaque saison, chacune des victoires étant remportées par blanchissage!
Dans le contexte de la LNAH, la vision de Bragoli est la bonne mais il n’a définitivement pas les ressources pour l’appliquer. La prochaine étape se devine facilement et l’heure approche où le d-g se retrouvera dans la mire des tireurs qui ne l’épargneront pas, oubliant que même s’il est celui qui a le porte-feuille dans les poches, il ne sera jamais celui qui met la monnaie dedans. Bragoli est assez allumé pour voir venir le coup et devrait annoncer son départ sous peu.
Des raisons loufoques ont parfois été invoquées pour expliquer la désertion de plusieurs vedettes de l’équipe vers d’autres circuits mais comment peut-on cacher aux amateurs la seule motivation qui stimule les joueurs du hockey moderne, plus encore que la game elle-même? Qu’il soit sur ou sous la table, l’argent est maintenant le seul langage efficace de ce sport tristement dénaturé. Le hockey sénior est contaminé, lui aussi.
Des changements, il y en aura parce qu’il en faut, mais si l’état-major du Radio X pense encore pouvoir le faire à rabais, il aura la surprise de sa vie, même dans son nouvel amphithéâtre dont on véhicule déjà la pensée magique qu’il sera la solution miracle à tous les problèmes de l’équipe.
On changera le nom du club pour lui donner probablement l’appellation du prochain commanditaire majeur, une autre coutume stupide du hockey. Un club de la LNAH a même déjà porté celui d’une compagnie qui n’existait pas (le Cristal de St-Hyacinthe).
Des informations sérieuses laissent présager la vente de l’équipe à de nouveaux intérêts amenés par le déménagement d’une concession existant présentement dans la ligue. Gardez l’œil sur cette possibilité.
L’avenir à court terme de la LNAH est facile à prévoir. Dans les prochaines semaines, la ligue fera son 874e examen de conscience. Puis, le commissaire viendra à CIMI pour dire que tout va bien, comme il a juré, en août dernier, que la LNAH avait une entente signée de non-compétitivité avec la LCH. Comme d’habitude, il y aura des gens pour le croire.
Puis, en octobre, on recommencera comme avant, avec les bagarres à 0 :01 seconde, les foires générales, les communiqués de menaces publiés sur le site officiel de la ligue, la promo faite autour de bagarreurs, les suspensions renversées, les joueurs en bedaine sur la glace, les dérisions de L-P Charbonneau, les doubles mineures accordées à deux joueurs qui ne se sont pas assez défait la figure, les bagarreurs qui prennent le temps d’aller porter leur équipement au banc, de faire leur changement d’huile, leur épicerie et leur rapport d’impôt avant de s’empoigner pour finir le tout en se caressant le crâne mutuellement, les stations régionales et communautaires qui vont donner des centaines heures à la LNAH qui investira, quant à elle, dans des réseaux qui ne mettent jamais les pieds aux matches (Radio-Énergie), les « no show » de certains clubs sur la route et le marchandage de vedettes éprises de la pulsion tout aussi soudaine que suspecte de se joindre à la LCH « pour aller jouer avec leurs chums ».
Quant à moi, j’écrirai un texte dans lequel je dirai quelque chose du genre « La LNAH sans bagarres, c’est comme un film porno où tout le monde reste habillé ». L’indispensable Semipro Magazine diffusera le lien.
Puis, on se rencontrera, vous et moi, un soir comme ça, au Pavillon de la Jeunesse. On sera tout de même content d’y être bien qu’on aura toujours pas compris à quoi sert la rondelle dans cette ligue. Au milieu du match, Thériault mordra un adversaire et la foule lui fera une ovation.
Et moi, le romantique, chercherai encore à oublier ce printemps hâtif en me disant que les vrais gagnants sont ceux qui savent perdre en sachant qu’un jour, la victoire reviendra...
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